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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 11:26

Curieux entretien intitulé « nouvelle querelle sur l’histoire de France » entre quatre historiens paru dans la revue L’Histoire de juillet-aout 2015. Il entend défendre l’idée d’un enseignement de l’histoire délivré des stéréotypes du « roman national », et élargi à au monde (« une histoire des autres »). Il est, malheureusement, bâti sur un certain nombre d’erreurs de méthode :

1° une différence est faite entre les historiens de métiers, que les quatre protagonistes ( Winock, Boucheron, Loubes, Stora) disent représenter, et des amateurs dont les opinions n’ont pas de valeur. Maladie de notre temps, les experts prennent le pas sur l’honnête homme et lui dénient le droit d’exprimer une parole intéressante. Autre caractéristique de notre époque, un groupe d’experts s’autoproclame les représentants autorisés de leur corporation et au nom d’une démocratie qui n’a pas lieu d’être en matière scientifique, et prétendent exprimer la « vérité » de leur discipline ; « vérité » qui se trouve être la même pour les quatre compères ; unanimisme de mauvais aloi.

2° une confusion entre l’histoire en tant qu’objet scientifique source de recherche permanente et l’histoire comme enseignement d’objet de culture pour les enfants et adolescents. Personne ne nie l’intérêt de l’histoire d’autres cultures, une approche critique des évènements historiques, les études comparatives ; mais le sujet de l’éducation dans les collèges et les lycées est plus prosaïque : il est de donner, en priorité, des éléments explicatifs de notre culture ; les excursions sur les royaumes africains, l’histoire du Maghreb, la culture islamique, toutes passionnantes qu’elles soient relèvent d’une culture générale accessoire ; rien de tout celà ne relève de la transmission, base de l’idée même d’un école. L’argument de dire que la présence de 5 millions de musulmans sur notre sol implique d’approfondir l’histoire de l’Islam est particulièrement ahurissante : pourquoi donc ne pas imposer l’arabe comme première langue à étudier après le français.

3° une bizarrerie : l’idée que l’histoire à enseigner est celle de la nation et non de la France ; ce qui revient à restreindre l’enseignement de l’histoire à celle de l’état depuis la révolution jusqu’à aujourd’hui. La notion de France, de son sol, de son climat, de ses populations, de son ethnogenèse, disparaît derrière une apologie du citoyen censé être né pendant la révolution et s’épanouissant dans la république sociale. Ils remplacent l’idée qu’ils stigmatisent d’une France éternelle, enracinée dans son sol , par une apologie d’un roman national issu de la révolution, et s’affirmant de plus en plus dans des valeurs d’égalité , de fraternité. Cette idéologie hors sol, a surtout des relents de totalitarisme, en imposant un universalisme des valeurs (seules existent celles marquées du label du progrès) et un relativisme des cultures (les différences culturelles doivent se résorber dans le village mondial).

Que les quatre compères veuillent faire de la propagande pour leurs idées sur l’éducation, pourquoi pas ; mais qu’ils fassent preuve d’un minimum de méthode et qu’ils arrêtent de prendre ceux qui ne sont pas de leur avis pour des minus habens.

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Published by olivier seutet - dans éducation
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