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4 mai 2017 4 04 /05 /mai /2017 09:52

Débat sordide, promu par la médiacratie comme la pierre de touche de cette élection. Emportés par cette frénésie du combat, ce gout du sang versé, les compétiteurs sont tombés dans le piège que leur avait tendu des commentateurs frénétiques. L’une a cru manier l’ironie alors qu’elle invectivait, l’autre posait à l’être de raison quand il injuriait avec componction. Dans cette rencontre, ils se sont montrés indigne de la fonction qu’ils briguent.

Et le fond a révélé l’étroitesse de leur talent : Marine Le Pen s’est perdue dans un débat économique qu’elle ne maîtrise pas ; qui a compris quoi que ce soit à son idée étrange d’une double monnaie, l’une à l’usage national, l’autre à l’usage international ; qui n’a pas saisi sa fâcherie avec tous les équilibres économiques ; qui n’est pas resté interloqué sur la création d’emplois par qui, quand, comment. Emmanuel Macron a montré son absence de vision sur le plan international : hormis un rôle de petit commissionnaire des Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme et le réchauffement climatique ; comment définir la place de la France dans le nouveau multilatéralisme qui se dessine la Chine, l’Inde, la Russie, les Etats-Unis ? quelle armée doit conserver la France, pour quelles missions ?

Cette déficience de chacun des candidats patente sur un domaine de compétence particulier est de fait généralisable à l’ensemble de leurs propositions. Nous avons été bassiné par la perspective d’un choc de conceptions, nous avons assisté à des disputes de comptoir entre un chef de bureau de Bercy, nourri au biberon des fusacqs et une syndicaliste stalinienne égarée chez les héritiers du fascisme. Il fallait avoir une sacrée dose d’intuition pour comprendre quoi que ce soit à leur conception de la future Europe, à leur idée sur la cohabitation sur notre sol d’un Islam conquérant et de la culture française, au partage entre ce que doivent être les missions régaliennes et ce qui ressort du jeu de l’entreprise privée ou des initiatives bénévoles, à leur définition sur ce que doit être une démocratie entre séparation des pouvoirs (quid de l’exécutif face au législatif et au judiciaire), liberté d’expression (quid de la protection des sources, des lois mémorielles), à leur opinion sur le degré d’implication nécessaire de l’état face à la santé, l’environnement, la famille, enfin tous ces sujets qui sont notre quotidien, et « last but not least » quelle idée se font ils de leur autorité : décentralisation accrue ou non, rôle du premier ministre, rôle du gouvernement et du cabinet présidentiel, rôle des cabinets ministériels et des administrations. Je m’arrête. J’ai oublié tant de sujets dont j’aurais aimé qu’ils discutent, sur lesquels j’aurais souhaité qu’ils m’éclairent. Ils ont choisi de ne pas le faire. Leur mépris pour leurs auditeurs a été immense. Que les électeurs le leur rendent en les ignorant.

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Published by olivier seutet - dans politique
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