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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 11:52

Sans Allemagne, il n’y a pas d’Europe et sans Europe, la France est bien seule.  Le constat de Dominique Moïsi  (Les Echos, 3/1/2011) est incontournable.  Mais, il faut analyser pourquoi il est nécessaire de le rappeler. L’euroscepticisme se répand objectivement ; en font foi les résultats des derniers référendums sur l’union européenne en France, mais aussi aux Pays-Bas. Cette défiance est envers la stratégie dite des petits pas, les outils mis en place, les résultats au moins douteux de la création de l’euro. Pourquoi le monde politique ne tente-t-il pas de répondre à ses questions, sauf à dire de manière insultante, que sa communication a été mauvaise, que les enjeux n’ont pas bien été expliqués, et qu’il suffit d’un peu d’éducation pour remettre dans le droit chemin des peuples égarés.

Ne serait-il pas temps d’arrêter de se complaire dans cette autosatisfaction des gouvernants, uniquement tempérée par  l’ignorance( à corriger) des gouvernés ? Les questions posées sont réelles et méritent au moins d’être écoutées, et que peut-être même des propositions de réponses (qui ne soient pas de simples dénégations) soient apportées.

La stratégie des petits pas d’abord. Elle a fait se rengorger pendant des décennies beaucoup d’hommes politiques, et plus particulièrement les centristes, qui faisaient état de réalisations éclatantes par le simple jeu d’évolutions insensibles des organisations, des règlements. Mais ce qui était nécessaire pour lancer le navire européen dans les années cinquante, lorsque les peuples étaient encore blessés par les horreurs de la guerre, lorsque l’impératif de reconstruction s’imposait à tous, devient depuis les années quatre-vingt le synonyme de la confiscation de la construction européenne par des élites, par une technocratie bruxelloise.  La soit disant démocratie mise en place n’est pas convaincante : le véritable pouvoir exécutif et législatif est aux mains d’un sénat (le conseil des chefs de gouvernements)  dont personne ne connaît les majorités, dont tout le monde comprend que les décisions ne sont que des trocs entre intérêts de chaque pays. La stratégie des petits pas croyait instaurer un despotisme éclairé, qui se démocratiserait au fur et à mesure ; la réalité perçue par les peuples est une tutelle par des politiques sans majorité manipulés par une administration tatillonne.

Le deuxième sujet est bien là : l’euroscepticisme est d’abord une défiance envers une institution, la Commission Européenne dont personne ne connait le fonctionnement, terrée dans un nouveau Versailles (Bruxelles) loin des préoccupations des peuples. L’abscence de qualité stratégique des règlements européens est criante sur beaucoup de sujets, l’énergie, l’éducation, l’industrie, le travail. Il semble qu’elle se concentre sur un seul objectif, la protection et le service des consommateurs ; confortable, puisqu’il s’agit de faire plaisir à tous (qui n’est pas consommateur ?), inefficace puisque les producteurs sont systématiquement considérés avec méfiance ; mode de fonctionnement qui a abouti à la multiplication de contre-pouvoirs encore plus obscurs que sont les cabinets de lobbying chargés de tenter de sauver les meubles face à une idéologie du libre-échangisme dévastatrice.

Le troisième point est la non-reconnaissance des échecs des actions de l’Union Européenne : au hasard, citons l’euro qui est probablement un facteur aggravant de la désindustrialisation (au lieu d’examiner les inconvénients, une sorte de conspiration tente de disserter sur  de l’histoire fiction : que se serait-il passé si l’euro n’avait pas existé) ; citons ces politiques de développement régional, avec l’exemple emblématique de la Sicile et de son réseau d’autoroutes qui en vont nulle part ; citons ces règlements  communautaires qui pinaillent à l’infini sur les conditionnements, les méthodes. Je ne suis pas en train de faire un inventaire, mais de pointer du doigt l’absence complète d’évaluation des politiques engagées. Là encore, les populations y comprennent un mépris de leurs véritables soucis, et une arrogance de technocrates.

Sans l’Allemagne, il est difficile, il est impossible de tout repenser, car il faut tout repenser et l’on espère en vain de véritables propositions qui ne ressemblent pas à du rapetassage de vêtements trop usés, à du rafistolage d’un bâtiment prématurément vieilli parce que mal conçu. La stratégie est à repenser entre Berlin et Paris, pour passer au karcher cette Europe peu reluisante.

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Published by olivier seutet - dans europe
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