Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 15:34

La France s'est ridiculisée dans l'épisode syrien. Poussée en avant par Obama, elle a réclamé une "punition" du régime d'Assad. Puis le président américain a laissé Kerry susurrer qu'une idée pourrait être de faire un inventaire des armes chimiques syriennes; propos repris au vol par le Kremlin. Et voilà les Etats-Unis et l'URSS qui engagent des pourparlers en oubliant de prévenir la France qu'il n'était plus question de frappes de rétorsion, et en omettant bien entendu de l'inviter à la table des négociations avec la Syrie.

Cet épisode tragi-comique est symptomatique de la dérive de notre diplomatie :

1° application d'une doctrine "atlantiste", très ancienne chez les socialistes, qui consiste à être le larbin des Etats-Unis en échange de je ne sais quoi; avant l'épisode syrien, cette doctrine avait déjà été appliquée avec l'affaire Snowden dans laquelle la France a oublié d'être terre d'asile; elle est dans la droite ligne des bombardements en Serbie, de la réintégration dans l'organisation militaire de l'OTAN et de la libération du Koweit, ou de l'invasion de la Syrie; nous avons avalisé l'espionnage de nos communications, nous avons laissé place libre économiquement à l'Allemagne dans l'ancienne Yougoslavie, les Etats-Unis sont toujours les maîtres militaires de l'OTAN, nous n'avons eu aucune retombée financière au Koweit, pour ne rien dire de l'état d'anarchie dans laquelle nous avons laissé la Lybie.

2° déni des réalités qui se fait jour dans la diplomatie comme dans la conduite de l'économie, ou la politique pénale; fruit d'une confusion entre discours et actions, fruit de raisonnements dits moraux (ou humanistes) qui cachent mal notre inappétence (et surtout nos manques de moyens) à nous engager dans des opérations décisives; l'exemple du Mali éclaire tout à la fois l'efficacité de nos armées et de leurs personnels et leurs limites : nous avons gagné une bataille mais certainement pas la guerre qui germine dans tout le Sahel; le résultat de cette schizophrénie est que l'on en arrive à une idée infantile qui est de "punir" Assad, tout en avouant qu'on n'a pas les moyens de le renverser; à notre alignement sur un front révolutionnaire noyauté par des terroristes en oubliant les minorités rassemblées malgré tout leur dégout et leur méfiance derrière le dictateur syrien.

3° application d'une doctrine de l'ingérence qui peut s'imaginer pour une superpuissance mais est un symbole d'arrogance pour une puissance moyenne comme la France; cette idée de l'ingérence est vieille comme le monde, et a toujours servi à tous les impérialismes à habiller d'oripeaux leurs désirs de puissance; ce n'est pas en travestissant l'idée pour protéger des populations d'un pays que l'on peut l'accepter; quelles populations protéger ? les minorités ? la majorité ? ceux qui ont été élus ? ceux qui pourraient être élus ? Les bons sentiments fatiguent lorsqu'ils ne précèdent pas des bonnes actions.

4° déni de méthode qui fait croire que les déclarations publiques peuvent remplacer les négociations; le seul résultat est de se mettre à dos ceux à qui on n'a pas (ou pas assez) parlé et de fournir de faux espoirs à ceux que l'on soutient oralement sans pouvoir ou vouloir contribuer à leurs efforts de guerre, de révolution; le seul lieu où le gouvernement estime nécessaire de ne rien dire, ou pas grand chose, est celui de la représentation nationale. La scène mondiale n'est pas une reproduction des bancs de notre Assemblée Nationale, et les déclamations se heurtent très vite aux égoïsmes nationaux.

Dans sa diplomatie, comme ailleurs, notre président montre les mêmes faiblesses : sectarisme qui se travestit en fermeté, refus de l'obstacle qui est camouflé derrière les prétendues fautes des "autres".

Partager cet article

Repost 0
Published by olivier seutet - dans monde
commenter cet article

commentaires