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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 09:58

Après avoir agoni d'injures Ben Ali qu'ils avaient tant adoré, Moubarak qu'ils avaient tant respecté, Khadafi qu'ils avaient tant craint, nos gouvernants se mêlent maintenant de vouloir soutenir par les armes la rébellion contre Assad qu'ils avaient tant chouchouté. L'échec de toutes ces révolutions arabes est pourtant patent. Les tunisiens et surtout les tunisiennes perdent leurs droits élémentaires. Les égyptiens attendent le prochain coup d'état militaire. Les lybiens sont revenus à l'état tribal. Les yéménites enlèvent, pillent, assassinent comme jamais. Mais nos grandes âmes persistent à nous faire prendre des vessies pour des lanternes : à l'encontre du bon sens le plus élémentaire, elles veulent nous faire croire que des élections qui portent au pouvoir des majorités obscurantistes sont des progrès de la démocratie.  A l'encontre de la réalité, ils passent l'éponge sur l'oppression renforcée subie par les coptes, la perte de libertés de la femme tunisienne, la partition de la Lybie entre Senoussis, Toubous et Tripolitains. Ces révolutions arabes l'Europe, la France ne les avaient au départ ni voulues, ni encouragées. Puis vint l'épisode lybien, où entraînée plus par la haine de l'humilié, que par le raisonnement, la France (et l'Occident) ont cru bon d'intervenir  afin de se débarasser d'un potentat ingérable; il n'est pas évident que cette option militaire ait été la meilleure.

Maintenant, la situation en Syrie est autrement complexe; il ne s'agit plus de se rallier in extremis à un nouveau régime comme en Tunisie ou en Egypte, ni d'anticiper une succession de Khadafi inéluctablement porteuse de tensions. Là clairement nous sommes entrés dans une guerre civile, non pas entre un despote et ses fidèles aveuglés d'une part et des adeptes de la démocratie et de la liberté d'autre part mais entre sunnistes salafistes (dont personne ne sait combien ils représentent parmi les 70% d'habitants de cette confession)  et les minorités alaouites (10%), chrétiennes (8.5%), druses (1.1%) chiites et autres hétérodoxes musulmans (2.4%). Le soulèvement salafiste, est de toute évidence et depuis le début aidé, armé, soutenu par les monarchies de la péninsule arabique, et les minorités au pouvoir à Damas par la Russie et l'Iran. La lutte engagée est une vieille affaire entre persans et arabes pour le contrôle de la Mésopotamie, entre russes et turcs pour le contrôle de la Méditerranée orientale. La Chine et Israël jouent un rôle trouble, destiné plus à maintenir un foyer d'infection que d'apporter une solution.

Quel est le devoir des états européens ? Certainement pas de défendre les libertés : lesquelles d'ailleurs, celles de ceux qui sont écrasés sous les bombes d'Assad, ou celles des minorités qui craignent d'être exterminées ? Certainement pas d'aider un camp : celui des djihadistes (terroristes potentiels et déjà actifs) ou celui des gouvernementaux (terroristes effectifs). Certainement pas de jouer les marchands d'armes, ce qui serait au mieux une politique de Gribouille. La seule mission de la France et de l'Union Européenne est de défendre son intérêt : celui de ne pas se laisser se développer une zone de guerre quasiment à ses frontières, avec tous les risques d'extension possibles; celui donc de défendre à tout prix un embargo non seulement sur les armes, mais aussi sur les financements des parties en guerre; celui d'amener à une table de négociation les deux parties, et non pas d'excommunier une des parties.

Mais au détriment de l'intérêt des européens et des syriens, la France préfère se draper dans des positions contraires au droit international  en anathémisant Assad, en reconnaissant comme légitime un pouvoir insurrectionnel; elle nous encense avec des propos sur les droits de l'homme en se focalisant sur les seuls crimes d'une des parties, et en oubliant la dangerosité de l'autre partie; elle se vautre dans le respect de médias qui croient que la démocratie est la clef de toutes les solutions alors qu'elle n'est qu'un mode de gouvernement à l'occidentale; elle est l'expression d'une arrogance sans justification face à un pays vieux de plus de  5000 ans.

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Published by olivier seutet - dans monde
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