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16 avril 2012 1 16 /04 /avril /2012 11:26

Taxer les revenus à 75% ! L'autre surenchérit, il faut taxer à 100% ! La raison invoquée est la justice fiscale. Taxer  les revenus du travail ne correspond à aucune justice, à aucune modernité, disons tout au plus que c'est pratique (prendre une portion de richesse à sa création), aisé (prélèvement à la source possible). Depuis des millénaires les gouvernants ont taxé le travail : ils ont appelé cette imposition corvée, ou après quelques évolutions, équivalent monétaire de la corvée. Depuis des millénaires les gouvernants ont taxé les revenus du capital :  ils l'ont appliqué au premier capital que l'humanité ait inventé, la terre exploitée, et ont opéré des prélèvements sur les récoltes, avant de sophistiquer les méthodes avec l'invention de nouvelles formes d'accumulation de capital.

Pour toiletter ces vieilles pratiques, nos sociétés contemporaines insinuent que les revenus excessifs ou les revenus du capital sont immoraux. Pour la gauche ce n'est plus un refrain, c'est une obsession.  Le problème est que l'on ne voit pas bien ce qu'il y a d'immoral à travailler en faisant fructifier au mieux ses talents; d'ailleurs personne ne s'émeut vraiment des revenus extraordinaires de vedettes du sport, de la scène; l'immoralité s'avère de fait liée à certains types de talents qui ne sont pas appréciés par une partie de la société : savoir gérer les hommes, les situations, les opportunités; on y voit une exploitation des uns par les autres,  vieille lune marxiste qui a la vie dure. Le problème des revenus du capital obéissent à la même logique : la capital n'est rien d'autre qu'une accumulation crée par du travail, et n' a rien d'immoral par son existence même; tout au plus peut-on se poser des questions sur un capital hérité, ou gagné au loto. Fondamentalement le revenu du capital n'est rien d'autre qu'un revenu différé dans le temps d'un travail exécuté à un moment. D'ailleurs certaines formes de revenus du capital sont parfaitement acceptées : les droits d'auteur par exemple, les revenus de brevets. En bref l'immoralité se limite aux revenus d'un capital consacré à l'économie, dividendes ou intérêts, et ne concerne en rien des rentes issues d'oeuvres  intellectuelles exécutées dans le passé, parfois jusqu' à cinquante ans. Ce qui est en cause est, de la même façon que pour le travail, l'idée sous-jacente que l'économie marchande n'est pas légitime, mais tout au plus nécessaire, un mal que l'on e peut éviter.

La seule justice que je conçois, dans une société moderne, est de taxer la consommation et la possession. La consommation parce qu'il est juste que ce soit les consommateurs qui paient pour les peines des producteurs, qui paient pour les efforts collectifs pour amener les denrées qu'ils désirent à leur portée, qu'ils paient pour toutes les protections dont ils profitent pour utiliser ces marchandises avec tranquillité, qui paient pour la destruction ou la disparition pour les autres de ce qu'ils acquièrent . La possession parce qu'elle n'est rien d'autre qu'une forme de consommation, moins immédiate, étalée dans le temps : il est juste de taxer ceux qui profitent de biens dont d'autres ne peuvent plus disposer; il est juste de taxer des denrées sorties du circuit de tous, qu'elles rapportent rien  ou qu'elles soient investies.

Mais je n'ai jamais entendu un homme politique refuser la facilité d'imposer le revenu du travail, fruit du talent, ou le revenu des capitaux fruit d'une utilisation économiquement saine de richesses accumulées. Sur toutes les estrades, mais surtout celles de gauche, il est de bon ton de stigmatiser  l'effort, à la grande satisfaction de ceux qui sont sans beaucoup de talents, ou qui, quoique doués, préfèrent la quiétude de la paresse.  Festival des envieux. 

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13 avril 2012 5 13 /04 /avril /2012 10:54

Que signifie un blocage des prix des carburants proposé par Hollande :

- une nostalgie des régimes socialistes et  de leur dirigisme économique, de l'édit du maximum de Robespierre ? Surement, un peu,  pour ces iconolâtres des grandes révolutions.

- une incompréhension des mécanismes économiques, de la volatilité des prix du brut pris dans les politiques antagonistes des différents pays producteurs, du manque de marge des raffineries européennes et plus spécialement françaises, des marges de distribution insuffisantes pour les pompistes français ? Surement, un peu, pour ces amateurs non éclairés.

- une hypocrisie populacière qui ne définit pas comment les prix vont être bloqué : blocage des marges des distributeurs et des raffineurs ? Mais ceux-ci ne vont quand même pas vendre à perte, c'est d'ailleurs interdit par la loi;  abaissement du taux de TVA sur les produits pétroliers ? Ce serait compréhensible pour un type de produit de première nécessité comme les carburants et les fiouls, mais les socialistes préfèrent supprimer la TVA dite "sociale" qui pèse sur les importations; baisse de la taxe sur les produits pétroliers (ex-TIPP) ? Probablement, mais celà va faire hurler les écologistes qui vont y voir la marque d'une incitation à la débauche.

 

L'une des mesures phares du programme hollandais est à la fois anti économique dans son principe et non expliquée dans son application. Elle répond à une philosophie de base qui est de faire plaisir à des consommateurs qui ne raisonneraient pas plus loin que le bout de leur nez au détriment ou d' un outil industriel fragile et d'un réseau de distribution exsangue, ou de finances de l'état au bord de l'asphyxie.  Il est préférable pour les socialiste de gagner quelques voix, et une élection,  et  aggraver les problèmes  d'une l'industrie qui chancelle (trois raffineries fermées en quelques années et deux en sursis, des points de distribution qui se raréfient partout en centre ville comme dans les campagnes.  

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 12:18

Il faut lire le rapport public annuel 2012 de la Cour des Comptes, et surtout son chapitre 1 sur la situation d'ensemble. Je ne citerai que le dernier paragraphe de ce chapitre : "  Alors que les plans annoncés jusque là font porter l’ajustement

surtout sur des hausses des prélèvements, un ralentissement plus marqué des dépenses publiques est désormais indispensable. De nouvelles hausses des prélèvements obligatoires seront néanmoins nécessaires. Pour renforcer le potentiel de croissance à moyen terme, les impôts et cotisations sociales devront aussi être redéployés pour améliorer la compétitivité des entreprises. C’est en effet à un double déficit, des comptes publics et de la balance des paiements courants, que la France est confrontée. Dès lors, ces deux déficits doivent diminuer de pair pour permettre à notre pays de retrouver durablement le chemin de la croissance.  "

Sous des mots policés la critique de la timidité de l'action actuelle du gouvernement (effort de ralentissement de la croissance des dépenses insuffisant, hypothèses économiques pour les années à venir exagérément optimistes) est implacable; quant aux délires du programme économique des socialistes ils sont en filigrane considérés comme tout bonnement absurdes puisqu'ils oublient la réduction des dépenses et n'envisagent qu'une augmentation des recettes.

Au fil des paragraphes, la Cour demande une réduction du déficit structurel qui passe par la réduction des allocations de l'Etat aux collectivités locales, le rétablissement de l'équilibre des comptes sociaux qui implique une désindexation des prestations (allocations familiales, retraites), l'amplification de l'effort de réduction des dépenses publiques  (nombre des fonctionnaires, aides à l'efficacité économique non prouvées). Rien de tout cela ne figure dans un programme politique quelconque. La seule suggestion de la Cour retenue est l'amoindrissement drastique des niches fiscales.

 

Cette cure d'austérité n'est  jugée nécessaire que du fait de la constatation de trois phénomènes bien connus :

- un déficit de la balance des paiements qui traduit l'insuffisante compétitivité de l'industrie française, et qui s'aggrave année après année,

- un endettement qui va continuer de monter mécaniquement tant qu'il existera un déficit des comptes publics avant paiement des intérêts sur la dette,

- une dette placée à 68% chez des non-résidents (c'est le taux le plus fort de la zone euro, qu'il faut comparer avec les 46% de l'Espagne les 43% de l'Italie, les 50% de l'Allemagne).

La conjonction de ces trois phénomènes explique notre dépendance fondamentale envers les pays étrangers, et donc de leur jugement sur la pertinence de notre politique économique. Le scénario d'une perte de confiance envers notre politique économique conduirait irrémédiablement au renchérissement des taux d'intérêts donc à la faillite de l'état incapable de les payer, et à une chute des investissements des investisseurs privés incapables d'emprunter.

 

Le monde politique serait bien inspiré de respecter ces contraintes évidentes, de les intégrer dans ses perspectives, et de concentrer son originalité sur toutes les actions de relance qui n'impliquent pas de dépenses supplémentaires (il en existe beaucoup), et  une revue d'ambitions qui ne sont plus à l'ordre du jour (politique d'intervention militaire, aide la Grèce, ...).

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 12:11

Sans vergogne, Jean-Claude Trichet nous donne son point de vue d'une "Vision pour l'Europe" dans les Echos du 281/2011. Le pyromane vient donner des conseils pour éteindre le feu !

Deux économistes, Patrick Artus et Dominique Plihon, rappellent dans le numéro 52 de l'Economie politique d'octobre 2011, les échecs de l'euro et les erreurs de jugement de Trichet. Citons Artus "la BCE a eu une vue erronée des conséquences structurelles de l'unification monétaire qui entraîne une divergence et non une convergence des économies réelles". Citons Plihon  "... la montée des déficits publics à partir de 1980 et la dépendance de plus en plus grande des états vis-à-vis des marchés financiers internationaux ... trouvent leur source dans les politiques de désinflation compétitive et de la libéralisation financière dont Jean-Claude Trichet s'est fait l'avocat".

Après ces erreurs d'appréciation de fond qui ont contribué à la désindustrialisation de l'Europe et à une gestion laxiste des endettements (publics ou privés, mais la dette privée s'est retrouvée publique lorsqu'il a fallu sauver les banques), le promoteur de la désinflation compétitive et du traité de Maastricht se félicite de la longue prospérité de l'Europe et du souci de maintenir la maison de chaque pays de la zone euro en bon état. Mais la maison est au bord de la ruine faute d'avoir été convenablement entretenue depuis des décennies; mais la prospérité de l'Europe est fallacieuse, puisque construite dans la dépendance de plus en plus accrue des finances et des industries de pays tiers.

Trichet nous propose de couronner le château de cartes existant qu'est le Traité de Lisbonne par quelques nouveaux atouts qu'il tire de sa manche  un ministre des finances de la zone euro, membre d'une commission devenue exécutif européen :

- comment celà s'articule pour les pays non membres de la zone euro, mystère;

- l'exécutif européen serait-il responsable devant la Conseil européen et le parlement européen, mystère en particulier  dans le cas d'une coalition de représentants de pays en-dehors de la zone euro;

- la BCE perdrait-elle alors son indépendance au profit de ce ministre des finances commun ou bien verrait-elle ses objectifs élargis au maintien de la croissance économique, et son incapacité de financer directement les états abolie ? mystère.

Trichet se comporte comme tous nos homme politiques, il pratique l'incantation, quand on attend  d'experts comme lui des indications pour retrouver le chemin de la réindustrialisation,  des repentirs pour son attachement aux théories monétaristes, des conseils pour corriger la financiarisation excessive de nos économies. Mais comme disait La Rochefoucauld "Les vieillards aiment à donner de bons préceptes, pour se consoler de n'être plus en état de donner de mauvais exemples".

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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 17:53

Michel Camdessus trouve trois raisons à la perpétuation de la crise : la perte de confiance qui se transforme en rumeur (toute décision des états européens est analysée négativement), la mauvaise gestion des états depuis des décennies qui les a amené  à un endettement devenu insupportable si des mesures drastiques (que personne ne propose) ne sont pas prises, la perte de valeurs qui a laissé monter dans nos sociétés consumérisme et absence de solidarité.

Je trouve qu'il mélange trois facteurs qui ne sont pas de même nature. Le premier n'est que la conséquence du second et le second la conséquence du dernier. La perte de confiance n'est que le reflet désabusé de l'opinion mondiale face à des états qui ont oublié de se gérer depuis belle lurette.  L'accroissement des dettes n'a été qu'un mode de gestion laxiste de gouvernants qui n'avaient qu'une idée : préserver un modèle social bâti sur la compassion et la paresse. Sur ce dernier point l'exemple le plus éclairant est  celui des sub-primes qui a mis le feu aux poudres : l'état américain dans un double souci de loger tous les malheureux a aboli l'idée qu'un prêt à un individu puisse nécessairement être remboursé; on prêtait à des gens sans revenu, sans actif;  la sanction a plongé dans un malheur encore plus grand ceux que l'état américain a cru aider et a provoqué une immense déflagration qui a d'abord failli emporter le système bancaire et qui maintenant menace les états.

La perte de valeurs est véritablement au centre du sujet :  c'est elle qui explique que l'on puisse décider de faire produire des richesses dans des pays émergents au prix d'un effroyable dumping social et écologique, tout en maintenant la fiction que ce transfert nous est bénéfique. C'est elle qui autorise les consommateurs à refuser une juste rémunération des producteurs au prix d'une idéologie débridée qui sacralise la productivité au détriment de la qualité, tout en laissant croire que l'inflation de la consommation est synonyme de récompense individuelle. C'est elle qui nous a fait croire que le parasitisme était la doxa du futur : pendant que les autres produiraient, nous leur offririons nos services, nos prestations; l'avenir était dans le service pendant que les émergents se contentaient de la production. Tous ces raisonnements faux étaient bâtis sur le mépris d'un travail de création exigeant, au profit d'un travail de contrôle et de préconisation moins fatigant, sur la préférence donnée à la consommation au meilleur prix, au détriment de la production de qualité, sur la satisfaction immédiate des besoins des pays développés au détriment d'une évolution consensuelle et harmonieuse des pays émergents.

Ces valeurs perdues sont celles qui favorisent le travail de création, la juste rémunération de la production, la préservation des richesses héritées. Dans sa folie consumériste l'occident a oublié la transmission du passé (antidote contre l'arrogance), la fraternité avec le monde (nécessité vitale), la responsabilité d'exploiter ses talents (obligation morale).

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 22:26

Je n'en reviens pas moi-même, mais je vais rendre hommage à Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne, cette entité apatride, sans contrôle démocratique, enfantée par le funeste traité de Maastricht.

Il a osé dire tout haut que le délire budgétaire des états membres de la zone euro n'avait pas à être corrigé par l'artifice de la planche à billets; que les gouvernants n'avaient pas à tenter d'oublier tous leurs errements cumulés depuis des dizaines d'années par un coup de gomme de l'inflation; une telle opération ne conduirait qu'à perpétuer la gestion laxiste qui fut de règle; elle ne mettrait pas fin à l'enflure exagéré des dépenses; la boursouflure d' administrations remplies de sinécures, d'emplois de faveur; la gabegie de dépenses baptisées sociales qui oublient les plus faibles au profit des mieux défendus; le délire d'investissements publics sans contrôles. Le message du bon docteur Mario est clair : les déficits budgétaires devront être corrigés, non par un tour de passe passe magique mais par des réformes de structures qui feront mieux rentrer l'impôt et surtout fera baisser les dépenses.

Il a avec tout autant de vigueur indiqué son souci de donner aux organismes de financement de l'économie une garantie illimitée, et des moyens de financement à coût raisonnable. Le message est fort :  ce sont les entreprises, les initiatives individuelles qui vont relancer la machine économique grippée de l'Europe; ce sont eux qui pourront bénéficier de moyens. Il ne s'agit pas de faire de la relance guidée par les états sous la forme d'un énième plan baptisé keynesien pour doper les investissements, ou la consommation. Il ne fait pas confiance à des états qui ont marqué de leur impéritie 40 ans de gestion, mais de redonner le pouvoir à ceux qui sont à même de produire,  de créer des emplois .

Bravo, Monsieur Draghi. Vous avez cerné le véritable problème : ce n'est pas celui de survie d'états obèses, c'est la relance de l'initiative multipolaires, venant de toutes les bonnes volontés.

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16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:37

Dans son livre, « Pour une révolution fiscale », Thomas Piketty (et deux acolytes) propose une réforme fiscale qui inspirera peut-être des propositions du candidat socialiste. Il  me parait utile de comprendre la philosophie qui se cache derrière la prétendue neutralité de l’économiste.  Tout d’abord tentons de pister quelques uns de ses préjugés. J’en ai pour ma part relevé quatre qui me gênent d’autant plus qu’ils ne sont pas explicites  :

-          Dans son univers où tout est évalué pour les besoins d’une meilleure efficacité fiscale, il oublie des travaux qui existent pourtant : la tenue du ménage d’une maison, l’élevage des enfants ; je ne suppose pas qu’il les considère comme non nécessaires, non utiles ; pourquoi donc sont ils éliminés de sa comptabilité ? Pourquoi considère-t-il comme plus gratifiant pour la collectivité d’être technicien(ne) de surface pour le compte d’autrui, ou gardien(ne) d’enfants des autres ? Ces activités lorsqu’elles sont officiellement rémunérées par des tiers entrent dans le revenu national (et donc dans le PIB), si elles sont effectuées à titre gratuit elles sont ignorées. Ce ne serait pas très grave, s’il ne s’agissait que d’un biais dans la comptabilité publique, le problème est que Piketty considère qu’une personne au foyer est une personne oisive : c’est ce qui ressort de sa suppression du quotient familial, la personne au foyer est censée avoir un revenu nul, la personne qui dispose des revenus paye au taux progressif sur l'ensemble de ses revenus ; en réalité le quotient familial fonctionne comme si celui qui gagne le plus ou qui perçoit seul des revenus paie une contribution de la moitié de ses revenus à l’autre qui travaille à la maison. L'idée sous-jacente de Piketty est la mise à l'index du travail au foyer.

-          Dans sa recherche d’une fiscalité juste il passe subrepticement de la notion d’effort proportionnel (chacun paye des impôts en relation avec ses gains) à la notion de taux progressif d’imposition ; je ne sais pour ma part distinguer si une taxation de 60% au-dessus d’un certain niveau de revenu est plus juste qu’une taxation de 55% ; de toute évidence ce n’est qu’une pétition de principe sauf à dire qu’il existe un niveau de gain inadmissible qui implique et que la progressivité de l’impôt sur le revenu grimpe jusqu’à 100%. Une progressivité plus forte du taux d’imposition sur le revenu n’est pas en soi plus juste, elle procure seulement plus de ressources fiscales prélevées sur une minorité. L'idée sous-jacente de Piketty est le plafonement des revenus.

-          Pour mieux traire le contribuable il imagine de le taxer sur un loyer fictif qu’il percevrait s’il était propriétaire. Sa justification, en dehors du fait que cela a déjà existé, ou existe ailleurs, est principalement de remettre sur un même niveau et les contribuables locataires dont le loyer ampute les revenus et les contribuables propriétaires qui par définition ne paient pas de loyer. En dehors de l’étrangeté d’avoir à payer un impôt   sur un revenu qu’on n’a jamais perçu et qu’on ne percevra jamais, l’idée sous-jacente est de rendre sans attrait la possession individuelle de son logement et de passer insensiblement à la socialisation de l’ensemble de l’immobilier.  Ce peut être une option, mais cela va à l’encontre du désir de millions de familles. L'idée sous-jacente de Piketty est la dépossession du foncier individuel.

-          Dans ce travail sur la fiscalité, donc théoriquement centré sur une optimisation et une simplification des recettes, curieusement il nous pond un petit chapitre sur le revenu d’autonomie des jeunes adultes qui participe au volet dépense et est donc hors-sujet. Néanmoins cette impérieuse nécessité qu’il a ressentie de l’introduire dans cet ouvrage révèle une dernière fois son préjugé fondamental contre la famille : il veut passer d’un système où les classes aisées aident leurs enfants et les moins riches bénéficient de bourses, à un système qui favorise l’autonomisation des jeunes par rapport aux adultes qui les aident pendant la période de leurs études ou de leur apprentissage. L'idée sous-jacente de Piketty est l'affaiblissement du lien familial.

Le livre de Piketty est donc bâti, non pas seulement sur une analyse des moyens de simplifier et rendre plus juste la perception des impôts, mais aussi sur la volonté de changer la société dans les domaines de la propriété et de la famille.  Le titre qu’il arbore « la révolution fiscale » est en grande partie un mensonge puisqu’il s’agit d’une révolution sociale induite par une nouvelle fiscalité.

Dans une deuxième partie j’examinerai quelques une de ses analyses qui ne me paraissent pas justifier les conclusions auxquelles il arrive.

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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 14:29

Comme beaucoup d' intervenants sur ce net, je considère que le problème de la balance commerciale française devrait être une priorité alors qu’elle n’est jamais abordée par l’ensemble de la classe politique (une allusion,quand même par Sarkozy hier, c’est nouveau, sur la nécessité de la réciprocité des avantages consentis entre pays) . Le solde négatif de cette balance qui s’est dangereusement aggravé est le signal d’alarme de notre désindustrialisation sur le long-terme. Et c’est bien ce déséquilibre qui est à l’origine de l’explosion de l’assistanat, donc des dépenses publiques, donc des déficits publics (de plus financé absurdement par des emprunts sur les marché internationaux).

Réindustrialiser (donc créer des emplois, donc entrer dans un cercle vertueux) ne se fait pas uniquement à coup d’anathèmes contre « la main invisible du marché » (je ne sais si elle invisible, mais elle existe), les «fonds spéculatifs » (le sujet n’est pas l’existence d’épargne et de structures qui les gèrent, mais de la nocivité des produits dérivés), « les ogres du CAC40 » (on devrait être fier de leur existence), mais d’abord de trouver pragmatiquement les moyens de relancer l’initiative privée. Les trois que je sens possibles sont l’amélioration de la compétitivité, la libération des contraintes administratives, l’appui de l’état à des secteurs stratégiques.

1° L’amélioration de la compétitivité passe en vrac par une restauration des termes de l’échange entre la France et les pays émergents (TVA sociale ? Contingentements aux frontières de l’Europe ? Dévaluation de l’Euro), par la restauration des termes de l’échange avec l’Allemagne (Sortie de l’Euro ? Création d’une zone Mark et d’une zone Euro des pays du Sud), par un allègement des charges des entreprises (Encore TVA sociale ? Abolition des 35 heures ? )

2° La libération des contraintes administratives passe, tout aussi en vrac, par la réforme du contrat de travail (suppression des conditions de licenciement contre une augmentation substantielle des indemnités de licenciement ?), la facilitation de la mobilité (abolition des taxes sur les ventes immobilières ?), la réforme profonde de toutes les procédures d’autorisation de création d’établissements nouveaux, de leur construction, de leur exploitation (trop complexes, trop propices à des recours abusifs ou au moins dilatoires ? trop tatillonnes et favorisant l’action de petits chefs et d’associations de protection d’intérêts locaux ?)

3° L’appui de l’état à des secteurs stratégiques est surement indispensable, pour favoriser la recherche (avec des systèmes d’élargissement du crédit impôt recherche ? avec l’élargissement de l’autonomie des universités pour lancer des programmes ?), pour aider les entreprises sur des secteurs pointus ou qui ne sont pas encore arrivés à maturité (ce qui implique, souvent, de faire abstraction de règles bruxelloises ?), pour abandonner les aides d’aubaine (style ADEME ou autres organismes du même acabit) et concentrer l’effort de l’état sur  des sujets qui ne sont pas nécessairement à la mode mais créateurs d’emplois, pour relancer les programmes énergétiques (sans tabous sur le nucléaire, les énergies fossiles comme le gaz de schiste ?).

L’économie, en bref, ce n’est pas que de la monnaie, des banques, et de la fiscalité mais bien d’autres éléments qui concourent aussi (essentiellement ?) à pourchasser les attitudes, les situations de rentier, de bénéficiaires d’avantages acquis au profit du mouvement, de la vie, de l’audace.

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6 septembre 2011 2 06 /09 /septembre /2011 11:25

Avec les aides successives et inopérantes pour colmater le gouffre de la dette grecque, la double peine est acquise : vos impôts augmentent et votre capital (pas nécessairement gros) s’est amoindri. Et l’on peut déjà anticiper une aggravation des sanctions. Les consensus gouvernementaux nous incitent  à  partager les fautes des autres, au nom de la solidarité et/ou pour nous sauver nous-mêmes.

Le problème est que la solidarité a pour, principe d’aider les accablés du destin ou les pêcheurs repentis. Or, pour l’instant, l’impression nous est donnée que les grecs après avoir vécu dans l’insouciance (ce qui n’est pas un crime, mais ne relève pas de la force du Destin), tentent de laisser le poids des efforts aux plus pauvres (les ilotes ?) ou à l’Euroland (les barbares ?) ; il serait temps qu’ils s’appliquent  le précepte socratique « connais toi toi-même » pour en arriver à la conclusion aides toi toi-même.

Quant à nous sauver nous-mêmes, la question a déjà reçu une réponse : il serait plus simple et moins couteux de recapitaliser les banques détenant des obligations  de l’état grec. Mais nos gouvernants sont terrorisés par les dettes d’autres pays qui n’ont ni la même origine, ni la même ampleur, ni le même risque de non-remboursement. Au nom de quelle précaution faut-il abandonner tout esprit d’analyse ? Au nom de quelle absence d’imagination faut-il laisser croire que les problèmes du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de la France sont assimilables aux difficultés de la Grèce ; chacun a vécu au-dessus de ses moyens c’est le seul point commun ; aucun n’ a de structure économique comparable ; aucun n’a la même démographie. Il serait avisé que chaque pays retrouve en lui les forces nécessaires pour corriger les erreurs du passé et refuse de se laisser entraîner par le chant du joueur de flutte de la petit ville allemande d’Hamelin.

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31 août 2011 3 31 /08 /août /2011 17:26

Tout le monde se focalise sur le déficit budgétaire en s’alarmant sur le niveau des dettes publiques calculé en % du PIB. D’abord, le PIB est un instrument approximatif qui ne représente la réalité que de très loin en survalorisant toute sous-traitance, et en sous-évaluant toute autoconsommation. Il est de plus exprimé dans la monnaie du pays concerné et donc pas nécessairement dans la monnaie des emprunts. De plus on ne comprendrait pas de laisser de côté la dette privée. Il serait étrange de bâtir une règle d’or à partir d’un instrument aussi contestable.

Les inquiétudes des créanciers ont trouvé leur origine dans la mauvaise gestion économique des pays emprunteurs constatée par le creusement de leurs déficits commerciaux. Ceux-ci sont la mesure brutale non pas seulement du dérèglement financier, mais beaucoup plus concrètement de la désindustrialisation, et de la délocalisation des services. L’origine de ces pertes de substance est  certainement à trouver pour partie dans des dumpings de quelques pays (social, environnemental, monétaire), mais aussi dans l’inefficacité de la gouvernance publique des pays occidentaux. La source de nos maux n’est pas que le fait de pays cyniques qui abusent des règles de libre-échangisme commercial et financier. Elle provient aussi de l’hypertrophie d’états qui ont brouté la laine sur le dos des producteurs. S’il faut pourfendre l’ultra-libéralisme qui a ouvert nos frontières à des produits et services bas de gamme, et à des capitaux errants, il faut également s’attaquer à l’ultra-étatisme qui  sous couvert de « principe de précaution », de « sécurisation » conduit à une mise en tutelle de tous les citoyens, la prolifération de l’esprit de rente (pour ceux qui en bénéficient et qui s’y accrochent) au détriment du développement de l’esprit d’entreprise et d’audace.

In fine, les problèmes à résoudre paraissent bien étrangers à nos gouvernants. Ils ne paraissent intéressés que par la fuite en avant : plus d’impôts pour colmater les déficits, plus de règles budgétaires européennes pour continuer d’emprunter, plus de sauvetage de pays au prix de récessions insupportables à moyen-terme, plus d’ententes et de compromis avec les pays les plus cyniques (avec l’Allemagne pour l’euro, avec la Chine pour l’OMC , avec les Etats-Unis pour les mouvements de capitaux, etc…). Le problème de la fuite en avant à toujours été soit que l’on s’essouffle, soit que l’on trébuche. Il vaudrait mieux faire face maintenant et parler d’une part taux de change, contrôle des mouvements de capitaux, d’autre part dégraissage du mammouth (pas seulement celui de l’Education Nationale).

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