C’est vrai que l’enthousiasme général des critiques laisse perplexe ; à penser que la concurrence est très faible : le dernier « masque et la plume », louangeur pour Carrere, a éliminé Natacha Appanah, Fatima Daas empêtrées dans leurs récits de violences contre les femmes, Joyce Maynard produit de tête de gondole, et même Jean Michelin peu convaincant sur les déclassés d’Amérique.
Même sans adversaires à sa taille, Carrère a composé un récit agréable à lire, rempli de contes qui ont émaillé la vie de sa famille proche ou lointaine et puis surtout nous balade sans érudition entre Tolstoi et Dostoïevski, les russes et les géorgiens; portraiture avec talent des pères distants, absents, odieux (le sien, ses deux grand-pères, celui de la mère d’Hélène à la limite de la crétinerie ), des mères combatives, la sienne, sa grand-mère béarnaise, sa grand-mère russe, et le couple attendrissant des ancêtres géorgiens.
Il n’est jamais péremptoire. Essaie de tempérer sa dilection russe. Ne crache pas sur la tombe de sa mère : il l’aime trop pour ne pas contrebalancer toutes vacheries qu’il raconte sur elle par des témoignages touchants.
J’espère qu’il sera sacré par l’académie Goncourt : lui n’en a pas besoin, mais nous éviterons les médiocrités qui ont triomphé les derniers années.