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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 12:12

Excellent article d’Hubert Védrine dans le Figaro d’hier où il analyse l’impéritie de l’Europe Occidentale face à Poutine qu’elle a laissé se dévoyer dans la pauvreté, l’isolationnisme, et enfin une aventure impérialo-nationaliste condamnable. L’idée n’est pas de se lamenter sur le passé, mais de ne pas oublier d’en tirer des leçons. La première qui est clairement dite est que la politique étrangère de l’Europe ne doit pas se décider à Washington qui n’a ni les mêmes intérêts, ni la même compréhension, ni les mêmes objectifs. La deuxième qui est sous-jacente quoique non expressement énoncée est que l’Ukraine quoique devant être protégée contre des agressions (au moins pour montrer la résolution franco-allemande aux pays de l’ex-pacte de Varsovie), n’est pas un acteur essentiel de notre futur ; il lui, faudra donc transiger, sous la pression européenne, à un moment qui n’est pas encore venu, sur la définition et de ses frontières orientales en Crimée et dans les républiques séparatistes du Donbas, et du statut de ses minorités russophones.

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14 juillet 2022 4 14 /07 /juillet /2022 09:30

Etrange cette obsession de transformer la guerre russo-ukrainienne en nouvelle guerre froide. La Russie d’aujourd’hui n’est qu’un agresseur de second rang par rapport à l’Union Soviétique : son PIB est au douzième rang mondial, derrière l’Allemagne, la France, l’Italie, juste devant l’Espagne et elle n’a donc pas la puissance économique nécessaire pour conduire une guerre sur le long-terme avec les européens, voire de lancer d’autres opérations de conquête et d’occupation; son armée a prouvé sa puissance hoquetante face à l’Ukraine, faute de moral de ses soldats, faute de matériels moderne, faute de capacité de manœuvre. Sa seule force n’est que le reflet de la faiblesse de ses adversaires : une Ukraine qui est un pays encore trop jeune, miné par les dissensions séparatistes et pourri par la corruption de ses oligarchies ; une Europe qui est coupable pour son impéritie militaire (hormis la France, et encore), et sa stratégie de dépendance énergétique suicidaire.

La Russie a voulu détruire l’Ukraine en tant que pays indépendant. De toute évidence elle est en train de perdre son pari et ne réussira qu’à annexer les régions irrédentistes du Donbas et peut être à s’emparer d’une bande territoriale le long de la mer d’Azov ; elle va réussir à faire de l’Ukraine un pays lié à l’Europe par des accords économiques qui faciliteront les investissements des pays européens et permettront son décollage ; les provinces perdues par l’Ukraine ne seront pas recouvrées de sitôt faute de force de frappe, et de volonté des pays européens. La guerre « chaude » est donc probablement bientôt finie et un mur d’indifférence risque de perdurer entre un occident qui va finir par se réarmer et à conquérir une relative indépendance énergétique et une Russie qui ne pourra qu’osciller entre autarcie appauvrissante et vassalisation envers la Chine.

L’attitude des Etats-Unis a été, comme au Moyen-Orient naguère, celle d’un boutefeu qui n’a pas voulu (peut-être avec raison) arrêter la Russie dans son agression, tout en tentant de vassaliser l’Europe au sein de l’Otan. Que des atlantistes forcenés comme Dominique Moïsi exalte la politique américaine se comprend, mais n’est pas nécessairement conforme aux intérêts de tous les pays européens. La Pologne, les états baltes sont angoissés par une peur historique, l’Allemagne est obsedée par son matérialisme mercantile, et se raccrochent à ce parapluie américain qui n’est qu’une servitude et surtout un mauvais calcul à long terme car America first n’est pas une doctrine qui protège des intérêts de puissance largement différents pour l’Europe.

 

La mauvaise foi des atlantistes est de grossir la menace russe, flatter les peurs des pays de l’est européen, s’extasier devant l’héroïsme de l’Ukraine pour mieux vendre l’assujettissement de nos pays à l’égoïsme des Etats-Unis.

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8 mai 2022 7 08 /05 /mai /2022 09:40

 

Condamner l’agression de Poutine et les crimes commis par son armée avachie et sauvage n’implique pas de s’extasier devant le bataillon Azov,  le comportement de boutefeu de Zelinsky, et le nationalisme prétendu admirable de l’Ukraine.

L’ancien président Lulla a résumé de façon claire ce que pensent beaucoup en dehors de l’Europe occidentale et même à l’intérieur de celle-ci. Les crimes de Poutine n’exonèrent pas les responsabilités occidentales dans le déclenchement du conflit, et n'excusent pas les aberrations de conduite du président ukrainien.

L’hystérie des cercles bruxellois et des médias français est de tenter de faire oublier les fautes passées et les insuffisances actuelles des gouvernements européens et ukrainiens, en élargissant la responsabilité des potentats du Kremlin à tous les russes. Quelle absurdité, quel manque de respect pour leur culture, quel manque de reconnaissance pour leur contribution essentielle à la Libération.

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22 février 2022 2 22 /02 /février /2022 18:24

 

L’ami des mafieux de Saint-Petersbourg a fait du chemin. Il a probablement gardé de son apprentissage des réflexes de brutalité, d’insouciance de toute forme de morale ou d’attendrissement. Mais après ses années de règne, il a acquis un talent indéniable, comme son prédécesseur Staline, pour ramasser les mises en prenant un minimum de risques.                                                                  

L’exemple de l’Ukraine est une parfaite illustration de sa méthode. Il a abusé américains et européens, hypnotisés par l’idée qu’il allait envoyer ses chars sur Kiev, leur faisant croire qu’il voulait négocier un accord avec l’Ukraine qui recolerait les accords de Minsk sous les auspices de l’Europe et des Etats-Unis. Il ne voulait rien négocier du tout ; ses deux objectifs ont été brutalement dévoilés : amputer l’Ukraine des provinces du Donbas déjà irrédentes, et négocier en direct avec les Etats-Unis après avoir disqualifié les européens. Ces deux objectifs correspondent à sa volonté de réaffirmer la place de la Russie, comme héritière de l’U.R.S.S. :   

- l’Ukraine est ravalée au rang de marche de l’empire que l’on peut recomposer sans vouloir l’occuper ;

- les Etats-Unis sont le seul interlocuteur avec lequel la Russie peut accepter de traiter et de faire des concessions ;

 

Je ne suis pas sur que Biden, ou son entourage se soient laissés abuser. Finalement le coup de force de Poutine en reconnaissant une indépendance des provinces irrédentes du Donbas ne les inquiète que peu ; rectification à la marge de l’empire russe guère plus importante que les affaires de l’Ossétie, de l’Abkazie, voire de la Transnistrie. Elle conforte leur idée que Poutine ne veut pas s’embarrasser du poids d’occuper les provinces d’Ukraine qui lui seraient hostiles. L’atout supplémentaire pour les américains est qu’il justifie la perpétuation de l’existence de l’OTAN et la vassalisation de l’Europe.

 

Je suis sur que les européens ont perdu sur toute la ligne. Ils ont cru à leur politique de gribouille qui a laissé leurs prétendus amis ukrainiens se moquer de l’application des accords de Minsk et refuser toute avancée sur le problème du statut des russophones et en particulier de ceux du Donbass. Toujours cette idée absurde que les choses s’arrangeraient à force de ne rien faire. Puis, dans l’urgence, en dehors de toute idée directrice, ces grotesques missions de petit télégraphiste essayant en vain d’obtenir une désescalade. Ils y ont perdu leur peu de prestige de grande puissance. Ils ont révélé leur impuissance. Ils vont se tirer une balle dans le pied en prenant des sanctions économiques dont les pays européens seront les premiers à souffrir en exportant moins vers la Russie et en important moins de gaz à bas prix.

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10 octobre 2021 7 10 /10 /octobre /2021 09:52

 

Naïveté, aveuglement, aboulie ? Comment qualifier le comportement du président Macron sur la scène internationale ?

Le certain est le mépris avec lequel il est traité par nombre de dirigeants : le président du Mali qui n’existe pour une grande part que soutenu par la France, lui adresse des remontrances et surtout veut pratiquer une politique de défense autonome ; le président des Etats-Unis le détrousse au coin du bois en lui piquant un contrat d’armement avec l’Australie ; la chancelière d’Allemagne a transformé le prétendu couple franco-allemand en un club échangiste au sein duquel elle fait ce qu’elle veut sans même en parler avec son partenaire (la sortie du nucléaire, l’entrée d’un million de migrants) ; les dirigeants de l’Algérie qui avec constance présentent la sébile et hurlent leur haine de la France malgré les pitreries de la repentance macronienne et les lâchetés face aux privilèges des migrants algériens ; le  président Poutine qui a dû constater l’absence d’autonomie stratégique de la France tant avec l’Otan qu’avec l’Allemagne et s’est résolu à oublier notre pays. Et il serait facile de continuer cette énumération en parlant de la Chine, de l’Inde, de l’Indonésie, enfin de tous ces pays qui comptent sur la scène internationale mais dont notre pays ne s’occupe que par intermittence.

Ce mépris n’est pas né par hasard, ni par le jeu de prétendues antipathies qui en réalité n’existent pas sur la scène mondiale. Il est la simple conséquence de l’absence de doctrine stable, d’un pragmatisme qui n’est qu’un laissez aller, d’une absurde soumission à des machins qui ne sont que des tribunes et non des lieux de décisions. Comment faire fond sur un dirigeant qui se soumet aux diktats du chef de l’OTAN (les Etats-Unis) ou du chef de l’Union Européenne (l’Allemagne) ; autant traiter avec les leaders plutôt qu’avec le valet. Comment se fier à un dirigeant qui croit que le double langage (le célèbre en même temps) est le principe d’excellence de la manœuvre machiavélienne, donc de la diplomatie : encore faut-il avoir la puissance nécessaire (militaire ou économique ou culturelle) pour se permettre des trahisons ; la France n’a plus ces moyens d’une politique de puissance et les interlocuteurs le savent et ne se gênent pas pour le faire savoir.

La seule issue d’une puissance moyenne, qui n’est pas dépourvue d’atouts et qui a une stature mondiale malgré ses faiblesses est de pratiquer une politique d’influence.

1° Tenter d’agir sur ses alliés, non pas en gémissant mais en menaçant, en les rappelant à l’ordre, en n’hésitant pas à prendre les distances indispensables pour tenir un langage audible. Quitter l’alliance militaire de l’Otan, voire quitter l’Otan dont personne ne comprend ni les objectifs, ni l’utilité sauf de jouer les mercenaires du grand frère américain. Mettre un holà à l’emprise allemande sur l’Union Européenne avec une remise en cause des décisions de la Cour de justice Européenne, une remise en cause des politiques de marché, un blocage de décisions avec l’appui du groupe de Visegrad, une réanimation d’un groupe méditerranéen avec l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Grèce, Malte, Chypre.  Enfin faire comprendre à ces germains qu’ils ne sont pas seuls.

2° Tenter de promouvoir une union d’intérêts de pays tout aussi moyens que nous et qui veulent exister quand même. Le plus évident est la Russie, piétinée par les américains, menacée par les allemands, inquiétée par les turcs, et stratégiquement en péril avec les chinois. Le syndrome de l’enfermement joue à plein et le rôle d’une diplomatie active serait de faire baisser cette tension, même au prix de fâcheries avec les Etats-Unis, l’Allemagne, les pays de l’est européen.  Mais l’Inde, l’Indonésie, le Vietnam sont des pays tout aussi candidats à une autonomie stratégique qu’ils sont bien en peine d’exprimer.

3° Approfondir nos relations avec les pays qui nous ont depuis toujours montré des signes d‘amitié (intéressée bien entendu), comme le Maroc, l’Egypte, l’Iran. Pays à la recherche éperdue d’une assurance contre le sunnisme agressif. Pays avec une longue tradition francophile. Pays riches d’une classe sociale éclairée, cultivée, avide de sortir d’un moyen-âge théocratique.

 

Mais notre politique étrangère sans ambitions, sans nerfs a irrité tout le monde. Il n’y a qu’à l’intérieur du pays qu’elle trouve encore quelque adulateur. Effet du désintérêt, de la propagande ?

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19 septembre 2021 7 19 /09 /septembre /2021 17:46

L’Allemagne n’a rien à dire, son égoïsme est confirmé. L’Union européenne ne commente pas, son inutilité est patente. Macron reste seul avec son humiliation publique, orchestrée par Biden avec ses deux acolytes, l’australien et l’anglais, conviés à exprimer dans une conférence à trois improvisée, le chef derrière son pupitre, les sous-fifres derrière leur écran pour exprimer que les Etat-Unis, l’Australie, la Grande-Bretagne faisaient front uni dans le Pacifique contre la Chine, et que de ce fait les australiens devaient s’équiper auprès des américains. Cette farce indique le degré de sérieux avec lequel le président Macron est pris par les grands dirigeants de ce monde. L’effondrement de la présence de la France est ancien quoiqu’ elle soit encore bien utile pour assurer des missions de sécurité dans le Sahel par exemple. Mais elle n’est pas assez estimée, ni assez importante, pour des gants soient pris. Fessée publiquement sans que personne ne s’indigne.

 

Cette humiliation ne fait que prendre la suite de bien d’autres dont en particulier la fuite de Kaboul organisée par Biden sans concertation, l’abandon unilatéral par Trump des accords avec l’Iran pour l’inciter à ne pas développer l’arme atomique, la décision d’Obama de ne pas bombarder la Syrie quand elle avait utilisé des armes chimiques sans prévenir le président Hollande. Quels que soient les présidents américains, leurs opinions, leur caractère, une constante s’impose à eux, l’Europe, et même les pays qui pourraient compter comme la Grande Bretagne, la France et l’Allemagne ne pèsent pas grand-chose en géopolitique.

 

La réponse n’est pas évidente. Une politique étrangère ne se reconstruit pas en quelques semaines. Mais il serait temps de réexaminer ce qui est mis sous le tapis depuis au moins trois quinquennats : l’incorporation de nos forces armées dans l’Otan, les missions de l’OTAN, notre politique vis-à-vis de la Russie qui ne peut être un allié de la Chine sur le long terme, la nécessité d’une armée française élargie à d’autre partenaires pour nos interventions à l’étranger, l’urgence d’un budget militaire européen pour qu’elle puisse assumer sa défense, l’avenir du traité militaire de Londres qui liait la France et la Grande Bretagne.

 

De cet échec, il faut faire un tremplin pour convertir un ressentiment légitime en une indignation orchestrée en Europe, oublier les pays vendus aux américains comme les belges, les polonais, les ukrainiens, reprendre un dialogue avec les turcs tout aussi englués dans l’OTAN, essayer de forger cette alliance méditerranéenne du détroit de Gibraltar au Proche-Orient, reprendre le commerce avec l’Iran. En résumé briser les tabous, revenir à la grande politique gaullienne qui était de faire entendre la voix de la France dans le monde bipolaire américano-russe qui est devenu sino-américain, privilégier l’autonomie stratégique de la France face aux impérialismes.  Macron saura-t-il concevoir puis mener ce renversement de politiques au-delà de mouvements d’irritation sans portée ? J’en doute.

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25 août 2021 3 25 /08 /août /2021 09:23

Réplique du spectacle navrant des jeux olympiques ; aux athlètes qui dépassent leurs limites à force de drogues (baptisées suivi médical), succèdent des pauvres gens déjà lourdement atteints physiquement. Après la fête du fric, l’adulation des corps, la vénération de la compétition pure, voici qu’arrive l’exaltation de la complaisance, l’expression humiliante de la pitié publique, la sucrerie écoeurante des bons sentiments.

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18 août 2021 3 18 /08 /août /2021 11:51

Désastre américain tant sur le choix de ses alliés en Afghanistan, sur le choix de déverser des torrents de dollars sans vraiment se soucier de leur utilisation, sur le choix de s’appuyer sur un allié fourbe qu’est le Pakistan. Désastre qui démontre une fois de plus le manque de professionnalisme de l’armée américaine : soldats drogués, encadrement qui a laissé se répandre la culture du pavot éradiquée naguère par les talibans, inefficacité du renseignement qui n’a pas vu l’absence complète de combativité des soldats de l’armée afghane légale. Désastre qui laisse planer le doute sur la réelle aptitude des Etats-Unis à assumer leurs responsabilités au sein de l’OTAN, leur promesse de défendre Taiwan contre une invasion chinoise, leur aptitude à peser sur l’Iran ou la Corée du Nord dans leur course aux armements nucléaires.

 

Désastre que doivent assumer les européens qui n’ont jamais joué leur rôle de conseiller avisé de leur allié américain. Ils ont tout au contraire participé à cette aventure pour des raisons que l’on ignore : faire plaisir à leur grand ami ? faire semblant d’avoir un rôle sur la scène géopolitique ?  L’honneur d’un combat juste est de le gagner ; l’échec indique l’obscurité des motifs, l’inadéquation des analyses, le manque de conviction dans la mise en place des moyens. L’Europe paie son manque d’ambition vis-à-vis des grands puissances (en l’espèce les Etats-Unis), sa lassitude de se défendre contre les menaces (en l’espèce islamiste), son égoïsme de rentier satisfait de son actuelle aisance de vie. Elle paiera. Et cela sera juste, car elle tente à tout prix de sortir de l’histoire en espérant passer à côté des catastrophes géopolitiques, en se mobilisant sur des sujets qu’elle ne peut traiter comme la lutte contre le réchauffement climatique, en croyant que l’humanisme est un combat alors qu’il n’est qu’un déni des réalités.

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7 août 2021 6 07 /08 /août /2021 12:30

Personnages qui mélangent une nécessaire santé physique et une exacerbation de leur volonté de domination. Rien de plus méprisable que ces manifestations de gloriole pour avoir écrasé un adversaire ; d’autant plus répugnantes lorsqu’elles s’habillent de prétentions nationales ou politiques ou sociétales. Rien de moins raisonnable que cet avilissement de son corps pour de tels objectifs quand il est une médicalisation qui tutoie le dopage, une mise en exploitation pour des gains incompréhensibles, un statut d’idole sans neurones.

Les Jeux Olympiques sont la caricature du sport qui libère l’esprit, un barnum pour faire exploiter des naïfs par des marques cupides, une dérive populiste de l’exaltation du désir. A quand l'extinction de ce cirque ?

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21 juillet 2021 3 21 /07 /juillet /2021 15:20

Dominique Moïsi s’extasie, dans Ouest-France, avec peu de mesure, sur Angéla Merkel : l’accueil des migrants en 2015, le traitement initial de la crise grecque en 2010, la politique à l’égard de la Russie et de la Chine.

 

Pas un mot sur sa politique écologique (ou plutôt populiste à l’égard des verts) qui a consisté à bannir l’énergie nucléaire au profit d’énergie renouvelable (éolien massivement) dont le bilan carbone est loin d’être assuré, et le bilan économique au moins peu clair. Elle a favorisé pour compenser le manque d’énergie, le développement à court terme des centrales au lignite (la plus polluante des énergies fossiles), et à moyen terme des centrales au gaz dépendantes d’un approvisionnement russe par le pipe North-Stream II. Elle a mis en œuvre cette politique à sa façon bien caractéristique : pas de concertation avec ses partenaires en particulier français, un seul slogan Germania über alles.

 

Une approbation de sa politique migratoire qui me paraît être et une erreur stratégique et une erreur méthodologique. Elle part, à son habitude sur un constat réaliste pour aboutir à des solutions malheureuses pour l’Europe :  les allemandes ne font plus d’enfants et la prospérité de l’industrie allemande va en conséquence manquer de bras, en particulier de bras peu chers. En alternative à la mise en domestication des pays voisins de l’est, elle joue une importation d’un million de turcs. Double avantage pour elle : elle satisfait le besoin de productivité des industriels allemands, et conclut une sorte d’alliance avec Erdogan sur la base d’un compromis non explicite : « j’admets vos ressortissants sur le territoire allemands de temps à autre et vous bouclez la frontière pour les autres migrants, qu’ils aillent passer à travers d’autres frontières vers d’autres pays ». Le cynisme de cette attitude me paraît à courte vue pour la perpétuation de la nation allemande et une attitude méprisante pour ses prétendus partenaires qui, bien entendu n’ont été avertis de rien. L’alliance France-Allemagne devient un leurre malgré les efforts désespérés des français et autre méditerranéens.

Une seule réprobation : son attitude ambigüe avec la Russie et l’Allemagne ; attitude qu’elle partagerait avec les dirigeants français. Moïsi, pleure sur le manque d’alignement sur la politique américaine. C’est son opinion. Il est possible d’en avoir une autre. Merkel essayé de jouer un double jeu : une alliance avec les Etats-Unis au sein de l’OTAN tout en protégeant ses intérêts industriels avec la Russie (North Stream II en particulier, mais pas seulement) et la Chine (un grand marché qu’elle n’entend pas sacrifier). Sa vision de boutiquière, rien perdre, tout gagner, la fait passer à côté de l’essentiel : pourquoi jeter la Russie dans les bras de la Chine, deux pays qui n’ont rien en commun, alors que l’Europe de l’Atlantique à Vladivostock a des potentialités fabuleuses ; pourquoi feindre de vouloir avoir une politique étrangère adulte sans avoir une armée digne de ce nom ; même les Etats-Unis sont indignés de l’avarice allemande ; quant aux français ils s’échinent, sans aucune reconnaissance de la part des européens, à maintenir vaille que vaille un outil militaire qu’ils n’ont pas les moyens de développer pour influer vraiment dans la géopolitique mondiale.

 

Merkel est l’archétype de ces politiques qui croient en la valeur de l’absence de pensée stratégique, et privilégient sans barguiner la navigation à vue qui permettrait de faire triompher Germania. Dommage pour ses partenaires au sein de l’Europe, et dommage pour l’Allemagne, car si Merkel a pu se permettre de jouer ce jeu si longtemps, elle le doit à des triomphes économiques fruits des intuitions stratégiques de son prédécesseur Gerhardt Schröder. Moïsi avoue ce bénéfice d’opportunité pour Merkel, mais se laisse abuser par des signes extérieurs de sympathie. Il me paraît court de vouloir juger des dirigeants politiques sur leurs qualités de communication.

 

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